Aujourd’hui plus que jamais, la pornographie est à portée de clics. Elle se banalise. Pour autant, la consommation de films pornographiques est-elle réellement anodine ? Plusieurs éléments tendent en effet à montrer qu’il existe des liens entre troubles sexuels et consommation excessive de contenu porno. Faisons le point sur la question avec un focus sur l’éjaculation précoce.

Une représentation déformée de la réalité qui engendre des complexes

Quand on regarde du porno en abondance, on a tendance à se comparer aux acteurs, à prendre exemple sur eux. Mais on oublie un point essentiel : le porno, c’est avant tout du cinéma, de la FICTION. Les films pornographiques mettent en avant des « normes » qui n’existent pas dans la réalité. Ces fausses croyances peuvent engendrer des complexes, mais également de mauvaises habitudes au lit qui viennent aggraver l’éjaculation prématurée.

Une taille du pénis hors norme

La première distorsion de la réalité est anatomique. En effet, chez les acteurs porno, la taille du pénis est inhabituelle. Tout est mis en œuvre pour laisser croire que ce critère de taille est en lien direct avec l’intensité du plaisir féminin. Si bien qu’on peut finir par s’auto-persuader que notre sexe est « trop petit » pour satisfaire notre partenaire. Résultat : on doute, on perd confiance en soi. Un cercle vicieux pour les éjaculateurs précoces, souvent déjà fragilisés par une image d’eux-mêmes négative…

Rétablissons donc un peu la vérité.

Tout d’abord, il faut savoir que les acteurs sont spécifiquement choisis en fonction de la taille de leur sexe. Ils ne représentent donc absolument pas la majorité de la population masculine. Bien au contraire, selon les statistiques, la taille moyenne d’un pénis en érection est de 13 centimètres. On est donc bien loin des représentations véhiculées par les films X…

En parallèle, chez la femme, la profondeur du vagin ne dépasse pas 12 centimètres. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir une taille de pénis démesurée pour donner du plaisir à sa partenaire. Le fameux « point G », qui n’est, en réalité, que la continuité interne du clitoris, se situe d’ailleurs à seulement 3 à 7 centimètres de l’entrée du vagin. 

Des mouvements de va-et-vient trop rapides 

Les acteurs porno ont tendance à enchaîner les mouvements de va-et-vient avec une extrême rapidité. Là aussi, beaucoup d’hommes essaient de les imiter, de reproduire la performance qu’ils voient à l’écran. Mais sans s’en rendre compte, ils réunissent toutes les conditions pour éjaculer vite.

Rassurez-vous, aucun homme normalement constitué ne peut durer plus que quelques minutes en faisant le « marteau-piqueur ». Bien au contraire, ces coups de hanches donnés à un rythme extrêmement soutenu entraînent une sur-stimulation, et donc une jouissance beaucoup plus rapide.

Mais alors, comment font les acteurs dans les films porno ? Eh bien, ils « trichent ». Ils font régulièrement des pauses et utilisent certaines astuces pour maintenir artificiellement leur érection. Les différentes séquences filmées sont ensuite assemblées au montage pour faire croire qu’ils peuvent éjaculer sur commande, quand ils veulent, dans n’importe quelle position. Ce qui, de l’autre côté de l’écran, ne fait que renforcer le sentiment angoissant de ne pas se sentir à la hauteur…

Des contractions musculaires qui précipitent l’éjaculation

Dans les films pornographiques, les acteurs contractent leurs muscles à bloc ! L’objectif, c’est de rendre la scène plus esthétique, plus théâtrale, plus excitante. Inconsciemment, il y a un effet miroir. En observant d’autres hommes contracter leurs muscles, le spectateur aura tendance à faire la même chose. Or, la tension musculaire est un facteur d’éjaculation précoce : lorsqu’on contracte le muscle PC à l’approche du point de non-retour, le réflexe éjaculatoire se déclenche sans qu’on ne puisse plus rien y faire.

La pornographie pousse donc inconsciemment à une sorte de compétition à la performance. Il faut aller toujours plus vite, toujours plus fort. Malheureusement, reproduire ce schéma au lit, c’est le meilleur moyen d’éjaculer trop vite, et de ne pas offrir à sa partenaire le temps d’atteindre l’orgasme.

Une consommation d’images fortes qui nuit à l’apprentissage de la sexualité

La consommation excessive de porno peut également venir gommer les frontières entre la réalité et la fiction. Le corps comme le cerveau s’habituent à ces représentations de pratiques pornographiques, au point de ne plus appréhender correctement ce qui est authentique. Naturellement, cela crée certaines difficultés quand il s’agit de faire l’amour à une femme.

Une hyperfocalisation sur les zones érogènes primaires

Le porno, c’est souvent de gros plans sur certaines zones très érogènes du corps féminin : la poitrine et les fesses. En regardant régulièrement du contenu X, on peut donc avoir tendance à se focaliser uniquement sur ces régions corporelles. 

Le problème, c’est que plus on fixe son attention sur une zone limitée, plus les stimuli sexuels vont être intenses. Avec, pour conséquence, une montée en flèche de l’excitation sexuelle et, mécaniquement, une éjaculation trop rapide.

Sans compter qu’en agissant ainsi, on passe à côté de beaucoup d’autres sources de plaisir. Dans un film, on ne peut utiliser que deux sens : la vue et l’ouïe. La réalité, elle, est beaucoup plus riche, avec les caresses, les odeurs, les mots doux, etc.

De mauvaises habitudes de masturbation

Les vidéos pour adulte n’ont qu’un seul objectif : provoquer une montée rapide de l’excitation sexuelle. Cris de plaisir, succession d’images fortes, tout est fait pour que l’excitation grimpe en flèche. La phase pré-éjaculatoire est donc réduite au strict minimum.

Malheureusement, chez certains, cette habitude de se masturber rapidement pour éjaculer vite et se libérer d’une pulsion sexuelle s’installe dans le quotidien. Or, un rapport sexuel demande tout l’inverse : tenir sur la durée et prendre en compte les besoins de sa partenaire.

Un conseil : au lieu de vous masturber devant un film porno, utilisez plutôt la masturbation comme un entrainement.

Une addiction qui crée de l’impuissance

La consommation excessive de porno, parce qu’elle procure un plaisir immédiat et sans effort, peut également, par le biais d’un dérèglement du mécanisme de récompense, rendre inintéressant tout rapport sexuel. Habitué à des images hard, le consommateur tombe peu à peu dans une addiction, si bien que la réalité peut lui apparaître soudainement bien insipide à côté des exploits réalisés par les acteurs du X.

Tout cela, une nouvelle fois, va dans le sens opposé d’une guérison de l’éjaculation précoce, où, à l’inverse, des rapports sexuels fréquents sont préconisés.

Mon avis d’ancien éjaculateur précoce

J’ai moi-même visionné beaucoup de contenu porno à un moment de ma vie où ma partenaire, lassée de me voir jouir au bout de seulement 30 secondes, avait tendance à repousser mes avances. J’en regardais pratiquement tous les jours. Je n’imaginais pas que cela puisse être un frein à ma « guérison ».

Pourtant, à force de me documenter et de lire les publications scientifiques de sexologues, j’ai compris que cela aggravait mon problème. Je vous explique. Le traitement de l’éjaculation précoce repose sur des principes tels que la montée progressive de l’excitation, le relâchement musculaire et la confiance en soi. Or, la pornographie, elle, vous entraîne dans la direction opposée : sexes hors-normes et postures extravagantes qui créent des complexes, contractions musculaires qui accélèrent le moment de l’éjaculation, etc.

Le porno n’est pas donc absolument pas une thérapie. Il ne vous aidera jamais à résoudre votre problème d’éjaculation précoce. Si vous êtes éjaculateur précoce et que vous avez basculé dans une forme d’addiction, vous avez tout intérêt à essayer de vous sevrer.

Pour vous débarrasser de votre problème d’éjaculation prématurée, je vous recommande chaudement, à nouveau, de visionner les vidéos du sexo-coaching de Pascal de Sutter et Alexandra Hubin. Pour moi, il y a clairement eu un avant… et un après 🙂

Fred
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Fred