Je sais très bien, pour l’avoir vécu, que l’éjaculation précoce est un mal que l’on cache. Rares sont ceux qui osent aborder le sujet, même avec leur médecin. C’est donc un sujet sur lequel gravitent, encore aujourd’hui, de nombreux mythes et préjugés. Dans cet article, levons les tabous pour démêler le vrai du faux.

L’éjaculation précoce est une maladie

FAUX !

Beaucoup de personnes considèrent l’éjaculation précoce comme une maladie. Certes, elle est qualifiée de trouble sexuel, car elle peut, sur le long terme, devenir un obstacle à l’épanouissement sexuel et à la vie de couple. Cependant, il faut bien comprendre que l’éjaculation précoce ne relève en rien d’une maladie. Elle est même le signe que le corps réagit « trop bien » aux stimuli sexuel.

Le réflexe éjaculatoire est une aptitude qu’on a hérité de nos lointains ancêtres, qui, face aux dangers omniprésents dans la nature, devaient être en mesure d’éjaculer vite pour assurer la survie de l’espèce. En effet, si on observe un rapport sexuel sous l’angle de la procréation, être capable d’éjaculer rapidement est un atout.

C’est parce que nous envisageons aujourd’hui la sexualité comme une quête de plaisir qu’être capable de retarder l’éjaculation apparait comme une qualité, voire pour certains une nécessité.

Notez d’ailleurs que chez les primates, qui s’adonnent à de nombreux jeux sexuels, l’éjaculation est toujours très rapide. Le coït ne dépasse jamais plus de 15 à 20 secondes.

Éjaculation précoce et infertilité vont de pair

FAUX !

Les deux problèmes ne sont pas liés. L’infertilité masculine a principalement pour cause une mauvaise qualité (et/ou quantité) du sperme. Elle n’a donc rien à voir avec la durée du rapport sexuel.

Bien entendu, si l’éjaculation intervient avant même la pénétration, cela peut poser des problèmes pour la procréation. Mais il s’agit là d’un grade sévère d’éjaculation précoce et, heureusement, cela se soigne !

L’éjaculation précoce, ça passe tout seul

FAUX !

Les hommes souffrant d’éjaculation précoce osent rarement en parler. J’en étais un bon exemple. On pense que le problème passera tout seul, ou que l’application d’un ou deux conseils isolés va permettre de rectifier le tir. Mais les spécialistes vous le diront, ça ne fonctionne pas. En effet, l’éjaculation prématurée, quand elle est systématique, n’est pas quelque chose que l’on peut guérir en claquant des doigts.

Combattre l’éjaculation précoce nécessite de mettre en place différents apprentissages pour reprogrammer le corps, comme l’expliquent les sexologues Pascal de Sutter et Alexandra Hubin. Plusieurs techniques ont fait leur preuve : respirer calmement, se relâcher pendant l’acte sexuel, adopter les bonnes postures, ne pas être uniquement focalisé sur son excitation, etc.

Chaque cas reste unique, bien entendu, mais c’est souvent au travers de ces exercices et d’une meilleure connaissance de soi que l’on parvient à allonger progressivement la durée des rapports sexuels.

L’éjaculation précoce est innée

FAUX !

Contrairement aux idées reçues, nous ne sommes pas conditionnés à devenir éjaculateur précoce. Autrement dit, il n’existe pas de gène responsable de ce trouble. Je citerai toutefois ici une étude menée par une équipe néerlandaise en 2008, qui a conclu à une possible responsabilité du gêne 5-HTTLPR, lequel contrôle le niveau de sérotonine. C’est la seule étude scientifique qui va dans ce sens que j’ai trouvée. Et elle est controversée.

Quand l’éjaculation précoce est dite « primaire », c’est-à-dire quand elle existe de façon récurrente (souvent depuis l’adolescence), avec toutes les partenaires sexuelles, elle est à mettre en relation avec une difficulté à maintenir un haut niveau d’excitation,  à contrôler la pression musculaire exercée sur le pénis. Concrètement, c’est un défaut d’apprentissage.

Ce défaut d’apprentissage peut être accentué par des facteurs psychologiques tels que le stress, le manque de confiance en soi, la peur de l’échec. À cela vient s’ajouter une mauvaise pratique de la masturbation. Souvent, chez les hommes jeunes, on a en effet tendance à se masturber pour se « soulager » d’une pression sexuelle trop forte, plutôt que pour faire durer le plaisir. Il s’agit là d’une pratique fréquente, qui crée de mauvaises habitudes et laisse une « empreinte » en quelque sorte. L’organisme intègre cet automatisme, le rejoue au moment des rapports sexuels et c’est ainsi que l’éjaculation se déclenche trop vite…

Mais même si l’éjaculation précoce devient chronique, elle est loin d’être une fatalité et une prise en charge thérapeutique, basée sur l’apprentissage de certaines habiletés corporelles, peut corriger le problème !

En ce qui concerne l’éjaculation précoce dite « secondaire », apparue plus tardivement et brutalement, il est possible qu’elle soit liée à une infection de la prostate ou de l’urètre, laquelle provoque une irritation locale à l’origine de l’éjaculation rapide. Elle peut aussi, plus vraisemblablement, être déclenchée par un choc émotionnel, des problèmes relationnels ou conjugaux, un changement de partenaire, ou encore une dépression.

Se masturber avant l’acte aide à ne pas éjaculer trop vite

FAUX !

On le lit un peu partout : se masturber avant l’acte permet d’éviter l’éjaculation précoce au moment de l’acte sexuel.

Certes, la masturbation permet de libérer la tension sexuelle accumulée dans la pointe du pénis. Mais attention, cette pratique peut aussi engendrer des difficultés à avoir une nouvelle érection, ce qui engendre du stress, une peur de l’échec, une montée de l’adrénaline… et accentue, in fine, les risques d’éjaculation précoce, surtout chez les personnes âgées.

Sans parler du fait que si la masturbation est réalisée uniquement pour « se décharger », sans rechercher à faire durer le plaisir, alors l’organisme va avoir tendance à mémoriser ce réflexe éjaculatoire rapide et à le répéter pendant les rapports sexuels. Bref, une fausse bonne idée !

Le premier rapport sexuel détermine tous les autres

FAUX !

Si vous estimez que votre premier rapport sexuel est un raté, ne tirez pas de conclusions trop hâtives. Celui-ci ne détermine nullement la suite de votre vie sexuelle.

A l’adolescence, on découvre la sexualité, souvent avec beaucoup de fougue. On a peu d’expérience, il est donc normal que l’éjaculation arrive très vite. Avec le temps, on apprend petit à petit à maintenir son degré d’excitation de façon plus stable, à identifier les signes qui précèdent l’éjaculation (le corps qui se raidit, la respiration qui s’accélère…), et, ainsi, à mieux contrôler sa jouissance.

Et oui, le sexe est avant tout… un apprentissage ! Faire régulièrement l’amour aide à durer plus longtemps au lit. Plus vous évoluez dans votre vie sexuelle, plus vous apprenez à connaître votre corps. Vous savez donc plus facilement identifier votre point de non-retour et, ainsi, retarder le moment de l’éjaculation.

Tenir longtemps a toujours été signe de virilité

FAUX !

Aujourd’hui, être capable de faire l’amour longtemps est considéré comme un signe de virilité. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des hommes s’en vanter et des femmes avouer rechercher ce type de rapport. Pourtant, sachez que cela n’a pas toujours été le cas.

En effet, à différentes périodes de l’histoire, aux 4 coins du monde, éjaculer rapidement a été perçu comme un signe de bonne santé et associé à une forte capacité de reproduction. Des concours ont même existé pour mettre à l’honneur celui qui était capable d’éjaculer le plus vite ! De quoi dédramatiser un peu, non ?

Fred
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Fred